BIKEPACKING LES 3 GRANDS TOURS

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Suivz les aventures de Maximilian sur les 3 Grands Tours. On commence par la Vuelta a Espana !

J'ai à souhait de vous replonger dans le contexte de mon défi : fin avril, j'ai quitté Lille pour me rendre à Turin en vélo. En Mai, j'ai réalisé l'intégralité du tracé du Giro ainsi que les transitions à vélo, dans le même temps imparti que les pros. En Juin, j'ai rallié Milan à Brest à vélo. Puis, j'ai réalisé l'intégralité du tracé du Tour de France ainsi que les transitions à vélo, dans le même temps imparti que les pros. Ensuite, je me suis rendu de Paris à Burgos à vélo pour récidiver avec le dernier volet de mon défi : la Vuelta a España. 

Je commencerai par la fin, en reprenant ces quelques lignes que j'écrivais à l'issue du Tour de France : "C'est à croire que le plaisir n'est plus dans le sport mais dans le succès. Que la réussite est dans la victoire, et non dans l'accomplissement (de soi)."

Cela fait 9 jours que je lutte contre la Vuelta, quand tout à coup, ces lignes ré/raisonnent en moi. Demain, les pros ont un jour de pause, je vais avoir une avance démentielle. J'ai réussi la partie la plus difficile de la Vuelta, le but toujours en ligne de mire. En 9 jours, j'ai parcouru 2 500 kms, la moitié de la distance totale qui m'attend sur 23 jours. La marge est immense, l'adrénaline chute, entraînant un questionnement.

Ai-je apprécié ? La réponse est claire et nette : non. Je suis dans l'un des plus beaux pays d'Europe et la Vuelta emprunte majoritairement des voies rapides. Je roule 12 à 15h par jour pour ne pas être rattrapé par la course. Je mange sur le vélo. Je dors dans les villes pour gagner du temps à ne pas monter la tente. Je mange à l'arrache.

La motivation pour continuer : l'ego et le qu'en dira-t-on. J'en ai que faire. Ça fait 5 ans que je vis mes aventures sans me laisser influencer par le jugement des autres. Alors ce n'est pas maintenant que je vais me forcer à boucler ce défi coûte que coûte, au détriment du plaisir.

J'arrive à Almérie : le désert de plastique des serres de monoculture met un terme à mon aventure. C'en est fini. Je quitte la Vuelta et fais mon propre itinéraire en Espagne (et au Portugal).

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IL EST LIBRE, MAX

Un autre voyage commence alors pour moi. Je décide de réaliser un rêve de longue date : grimper le Pico Veleta (3 393m), plus haut col d'Europe accessible à vélo. C'est un régal et une journée forte en émotions pour moi.

S'ensuit un détour par les montagnes de Cordoue à Séville, au milieu de millions d'oliviers à perte de vue. Je prends le temps de bivouaquer, pour de vrai. En appréciant les lever et coucher du soleil. En prenant le temps de manger, de dormir, de m'arrêter dans les villages parler aux gens. Vient alors l'idée d'aller explorer le Portugal, notamment l'Algarve et les montagnes du massif de l'Estrella. C'est un délice. Chaque jour, ma décision semble avoir été là bonne, et j'ai l'impression de profiter pleinement de ces dernières semaines d'été. Je roule peu les jours où l'envie n'y est pas. Je roule longtemps les jours où je ressens le besoin de me dépenser où d'avancer. Je me laisse séduire par les routes au gré de mon avancée. J'improvise. Je découvre. En bref, je renoue avec la liberté qu'offre l'aventure à vélo, et me défais de l'impératif de la course. Après plus de 4 mois de planning et d'itinéraire imposés, je sens une sorte de légèreté en moi. Tout est permis sans devoir redoubler d'effort le lendemain pour compenser les décisions de la veille.

Je ne regrette pas pour autant ce défi et ces 2 tours et demis accomplis. J'avais un besoin de me frotter à l'ultra. Un besoin d'avoir un projet et un fil directeur, de me mettre à l'épreuve. Je suis satisfait physiquement, puisque malgré des conditions assez rudes, j'ai toujours réussi à tenir mes délais en ayant même un peu de marge. Mais je suis encore plus satisfait de cet abandon : avoir su dire non au moment où le plus difficile était pourtant fait, écouter son coeur et non son égo. Tous mes choix de vie de ces 5 dernières années allaient dans ce sens : privilégier le plaisir à l'obligation. C'eût été une infidélité à moi-même que de pousser pour réaliser ce défi en contradiction avec mes envies du moment. Rester fidèle à moi-même, une éthique de vie et une promesse que je renouvelle avec moi-même à ce moment. Un retour au vélo-aventure où la recherche du plaisir prime, une certitude que j'ai à présent pour me guider dans les mois qui viennent. La capacité à s'émerveiller dans ma pratique, car c'est pour ça que je fais du vélo.

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Dans tout projet, l'après est un défi à part entière, qu'il faut préparer et visionner longtemps avant la fin du projet. J'ai essayé de préparer cet "après" depuis longtemps, mais, obnubilé par mon projet des Trois Grands Tours, il est vrai que j'ai eu du mal à concevoir quelque chose de concret. L'incertitude liée à la météo de plus en plus hivernale et à ma motivation suite à un projet de cette ampleur ont été des éléments bloquants dans les premiers jours et semaines après la fin de la Vuelta.

J'ai à présent plusieurs projets en tête, bien que l'hiver les rende difficilement réalisables. Ou du moins, ce n'est pas moi qui dicterai les règles du jeu, mais la météo. Lorsque l'on choisit d'être nomade et de vivre sur son vélo, l'hiver est une période difficile, où il convient de profiter des fenêtres météorologiques pour se faire plaisir tout en s'habituant au froid. L'hiver est aussi une période de créativité, c'est là que naissent les projets pour l'été prochain. J'ai donc tout le temps devant moi pour prévoir la suite.

Cet été, j'avais besoin de me frotter à l'ultra sur une très longue durée. Malgré le défi avorté, je suis plus que satisfait : 22 000 kilomètres en 4 mois sont la preuve que le corps répond bien.

J'ai toujours la passion de l'ultra en moi. J'ai envie de m'essayer sur des formats plus courts, sur une tranche de 24h par exemple. Ce sera pour l'été prochain ! Ce que j'ai réalisé pendant ce défi des Trois Grands Tours par contre, c'est mon besoin de partage et mon goût de voir les autres progresser et réussir dans leur pratique. Je repense à l'heure ou j'écris ces lignes à cette dame dont j'ai oublié le nom, croisée sur la 3eme étape du Tour de France, dans le peloton de Donnons des Elles au vélo, sous des trombes d'eau, à quelques kilomètres de l'arrivée, au mur de Bretagne. Elle testait sa sacoche arrière pour la première fois, en vue de se lancer dans des épreuves d'endurance. Sa sacoche touche son pneu, je lui dit de s'arrêter et la lui resserre. Nous engageons alors une course poursuite pour recoller au peloton. Devant nous se dresse alors le Mur de Bretagne. Nous sommes derniers du groupe. Je lui demande alors si elle a encore de l'énergie. Sa tête fait signe que non. Je lui dit de prendre ma roue et de ne pas la lâcher. Nous remontons le groupe et elle s'accroche. Elle arrive en haut, complètement vidée, mais son regard me remercie. Et ça, ça a plus de saveur que n'importe quelle prouesse personnelle.

C'est quelque chose que j'aimerais pousser davantage les mois à venir. Transmettre. Partager. Grandir.

Pas d'inquiétude donc, je continuerai à vous faire vivre mes aventures !

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